Observations d’un journaliste Argentin en visite dans le Lot

France : la culture du "Bio" comme résistance politique

Mardi 6 mars 2018 // 901. Agriculture.

Dans le département du "Lot", dans le sud-ouest de la France, la culture alimentaire "Bio" a beaucoup progressé depuis plus de deux décennies, c’est-à-dire une nourriture produite sans aucun type de produit chimique. C’est beaucoup plus qu’une mode liée à la nourriture naturelle. Quels sont ceux qui sont derrière ce phénomène ? Comment sont-ils organisés et quelles sont leurs perspectives politiques ? Quel rôle l’État assure-t-il ? Comment le marché réagit-il à cette demande croissante ?

En France, une légende amérindienne, très populaire parmi les habitants, raconte comment un petit colibri a combattu un feu de forêt. Devant les flammes incontrôlables, tous les animaux ont fui en direction d’un lac pour se s’abriter. Le seul qui s’est dirigé vers le feu était le petit colibri. Les animaux étaient surpris par le va-et-vient du colibri du lac vers le feu qui continuait à dévorer la forêt, anéantissant l’habitat de tous. Ils lui ont alors demandé ce qu’il faisait et le colibri a répondu qu’avec son petit bec il apportait l’eau du lac au feu. Les animaux se mirent à rire et demandèrent s’il pensait que cela suffisait à éteindre le feu. L’oiseau a répondu qu’il ne sait pas, mais au moins il fait sa part du travail pour essayer d’arrêter les flammes qui dévastent tout.

Cette légende est représentative pour comprendre la philosophie et le comportement de nombreux producteurs indépendants qui se sont tournés vers la production de nourriture « Bio ». Alors que les grandes chaînes de supermarchés et les géants de l’industrie alimentaire épuisent la terre avec leurs monocultures et infectent les aliments avec des matériaux cancérigènes qui se retrouvent dans nos corps, les producteurs « Bio » recherchent une nouvelle forme de production en harmonie avec l’environnement, 100% naturelle.

C’est beaucoup plus qu’une mode passagère et ce n’est pas lié exclusivement à la nourriture. Il y a des centaines (des milliers si l’échelle est étendue à l’ensemble du pays) de jeunes qui ont décidé de ne plus se laisser consumer dans la folle vie des métropoles et se tournent vers une nouvelle forme d’interaction avec la communauté et l’environnement.

Aude dans sa ferme à Pontcirq

Aude, 40 ans, a un hectare de terre à Pontcirq où elle cultive depuis trois ans une diversité de légumes et produit également des œufs. "C’est notre façon de faire de la politique", dit-elle. Aude est heureuse de sa nouvelle vie, en harmonie avec son environnement, non seulement du point de vue de la nature, mais aussi socialement. Elle a son propre local ouvert une fois par semaine pour ses voisins ; elle vend également ses produits dans les foires des villages environnants de sorte que l’échange avec ses clients est basé sur d’autres valeurs, comme la connaissance mutuelle et la confiance.

Un exemple similaire est celui d’Agnès et de son compagnon Laurent, qui vivent avec leurs trois enfants à Thédirac, où ils produisent leurs légumes « bio » depuis huit ans. Ils s’y sont installés parce que l’hectare de terre qu’ils ont acheté était moins cher que dans les autres départements du sud de la France.

Le stand Bio d’Agnès sur le marché de Catus

Bien-sûr, le problème est d’arriver à subsister. Bien que ce soient des personnes et des familles qui se satisfont d’une vie sobre, ils ne peuvent pas y arriver d’une manière autonome, sans concessions à leurs convictions. C’est un équilibre difficile entre être ou de ne pas être (to be or not to be) dans le système, avec des contradictions irrémédiables, mais peu à peu les producteurs ont réussi à réduire cette dépendance à des niveaux tolérables à travers différents mécanismes collectifs d’entraide.

Économie sociale et alternative

Les producteurs du "Lot" (l’un des 101 "départements" de France : superficie de 5 mille kilomètres carrés et moins de 180 mille habitants) sont organisés en différentes associations indépendantes. A travers celles-ci, des réseaux de communication et d’échange se forment, pour avoir une meilleure information et publicité, pour améliorer leurs produits et leurs relations avec les clients. L’un d’entre eux est "Bio 46", qui compte trois employés permanents et regroupe plus de 200 producteurs. L’organisation garantit à ses membres des conseils pour obtenir la licence "Bio". Il fournit également des informations sur des méthodologies de production efficaces, offre un réseau constant d’aide mutuelle et travaille à donner une visibilité au rôle social et éthique des producteurs.

Quelque chose de similaire est fait par "Nature & Progrès", une autre association fondée en 1971 - mais de caractère national - de petits producteurs, dont le slogan est "Pour notre santé et celle de la terre". Au sein de ce collectif - formé en collaboration avec les consommateurs – subsiste un espace de réflexion sur nos valeurs et cherche comment sensibiliser tout un chacun pour changer notre alimentation et parvenir à une meilleure santé. Ils délivrent leurs propres certificats selon des normes de qualité supérieures à celles de l’Union européenne.

En plus de ces regroupements professionnels, la communauté a développé d’autres canaux de vente qui relient les producteurs aux consommateurs.

Un cas particulier est celui des "AMAP" (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), qui fonctionnent avec un système de "paniers" garantissant chaque semaine une certaine quantité de produits de saison aux adhérents. Dans le cas de l’AMAP de la petite ville de Gourdon par exemple, tous les mardis après 18h, les producteurs "Bio" de légumes, produits laitiers, viande, pain et fruits - se retrouvent sur le parking d’une école locale. Les contrats sont généralement de six mois, payés d’avance, après accord entre le producteur et l’acheteur. Chaque semaine les produits sont livrés. L’argent est distribué aux producteurs sur une base mensuelle. Les jours d’échange, aucune circulation d’argent ; vous ne pouvez rien acheter en dehors des achats convenus dans le contrat initial. Des volontaires de l’association s’occupent de chaque livraison (laiterie, boulangerie, légumes, fruits, etc.), en vérifiant que chaque adhérent reçoit son quota hebdomadaire. De cette manière, les consommateurs ont régulièrement des aliments frais, de saison ; les producteurs connaissent la demande minimale déjà garantie pour leurs produits pendant le nombre de mois donné, ce qui couvre les coûts de production et de subsistance. Une organisation sociale qui existe depuis des années. En travaillant de cette manière horizontale, l’AMAP devient un point de rencontre pour les habitants avec ceux qui, avec beaucoup d’efforts, élaborent leur nourriture. Le concept sous cette structure est celui de l’entraide puisque les consommateurs organisent toute la logistique pour soutenir les producteurs.

Légumes de la semaine à l’AMAP de Gourdon

Une autre variante développée par les producteurs indépendants est celle d’une association de vente directe. Dans la ville de Cahors, préfecture du Lot, se trouve "l’Oustal", un magasin créé pour éliminer les éléments "parasites" de la chaîne de production, en reliant directement le producteur au consommateur. Le lieu existe depuis trois ans, selon Thierry, un producteur de pommes qui fait office de caissier ; il fait la rotation parmi les 21 membres permanents de l’association qui loue l’espace. Ils demandent seulement un paiement de 200 euros aux producteurs qui veulent se joindre à eux (ils vendent toute sorte de nourriture, pas seulement "Bio"), ensuite 20% des ventes revient à l’association ; un pourcentage qu’ils espèrent réduire, mais qui en soi est beaucoup plus bas que les marges demandées par les grandes chaînes de supermarchés.

Les produits d’Aude dans l’Oustal à Cahors

La sensibilisation porte ses fruits

L’exemple le plus frappant de la croissance de la demande pour les produits « Bio » est peut-être la prolifération des supermarchés « Biocoop ». A l’intérieur de ces magasins, seuls des produits "Bio" sont vendus. Ils sont de toute gamme et viennent du monde entier. Paul, l’un des responsables de la « Biocoop » de Gourdon, nie les rumeurs selon lesquelles des produits « Bio » industriels y seraient vendus, élaborés avec la logique capitaliste optimisant le profit à tout prix, exploitant les travailleurs et dévastant la terre. Selon lui, des personnes sont chargées de vérifier que chaque fournisseur respecte les exigences de "Biocoop" (en termes de qualité du produit et de condition des travailleurs) ; elles sont encore plus exigeantes que celles de l’Union Européenne (par exemple, l’UE tolère l’utilisation d’arômes dans les produits "Bio", et Biocoop n’en tolère aucun).

Il y a deux ans, Paul a décidé de fonder ce magasin qui fonctionne comme une coopérative (avant il louait des terres où il produisait du bœuf et du porc). Tous les employés ont le même salaire, même les quatre associés qui ont comme lui investi les 10 mille euros pour avoir la franchise "Biocoop" et les conseils de la firme.

Le Biocoop de Gourdon

La société Biocoop est responsable de la formation des nouveaux commerçants pendant six mois, puis ils sont tenus de travailler dans l’un de leurs magasins. Ils soulignent toujours le côté social du travail dans ce réseau, créé avec les producteurs locaux, qui sont encouragés et autorisés à décider du prix de leurs produits ; le magasin ajoute seulement 15% de marge. Mais de tous les produits vendus au "Biocoop" de Gourdon, seuls 7% proviennent de ces producteurs "locaux", de 150 kilomètres environ à la ronde. Car, selon son responsable, il n’y a pas assez d’offre pour satisfaire la demande. Sur les produits « bio » provenant de plus loin, la marge est de 34% maximum.

Paul déclare que pour ouvrir un "Biocoop", une commission vous analyse "éthiquement" pour établir si vous êtes capable de comprendre le nouveau mode de fonctionnement de cette entreprise qui fonctionne à échelle nationale en tant que coopérative, avec un conseil d’administration de neuf membres sur des postes électifs (les propriétaires de magasins de plus de deux ans peuvent postuler).

Par contrat, les magasins ne peuvent pas faire plus de 3% de bénéfice annuel et les salaires les plus élevés (de toute la structure de l’entreprise) ne peuvent excéder cinq fois les salaires des employés (qui ne peuvent être à temps partiel et doivent être enregistrés). Deux mesures qui, selon Paul, sont un signe clair que les personnes qui ouvrent ce type de magasin ne le font pas pour s’enrichir, mais aspirent à changer le système de production et de commercialisation de la nourriture. Il croit fermement qu’ils font des progrès très importants avec cette structure en pleine croissance (il y a déjà 424 magasins « Biocoop », une entreprise née en 1984) mais ils sont en concurrence avec les grandes chaînes de supermarchés.

A quoi ce succès répond-il dans un contexte aussi défavorable, c’est-à-dire un monde capitaliste où l’hyperproduction et la rentabilité sont récompensées et où les liens sociaux dans la chaîne de production importent si peu ?

Selon le responsable de "Biocoop" de Gourdon, la clé est dans la demande croissante et soutenue du « bio ». Mais selon lui, cette demande est parfois basée sur des questions individualistes liées à la santé et à la peur suscitée dans la population par l’information qui a proliféré ces derniers temps, à propos de l’utilisation de produits chimiques dans la production industrielle. Ceci constitue une limite dans la lutte fondamentale, car beaucoup d’acteurs impliqués dans la culture du « Bio » vont beaucoup plus loin. Ils ont l’intention d’utiliser cette plate-forme pour construire une nouvelle société, avec des liens plus forts et plus humanitaires à l’intérieur de la communauté, avec une conscience plus claire de la façon dont nous nous nourrissons et prenons soin de l’environnement.

Deux grandes limites, dans le Lot et dans le monde

Laurent est le rédacteur en chef du journal local mensuel "Le Lot en Action" qu’il publie depuis 10 ans. Dans ses pages, ils informent, entre autres, sur l’écologie, mais surtout, le journal sert de lien entre les différents producteurs indépendants et autogérés de la région et ses lecteurs.

Le rôle de la presse libre (et régionale) pour fédérer ces prises de conscience devient fondamental dès lors que les médias nationaux regardent ailleurs. Pourtant le degré de dissémination des producteurs et de leurs projets - entre l’infinité des petits villages de la région du Lot- est très grand. "Le Lot en Action" est aussi un lieu de rencontre, comme les foires et les associations de vente et d’échange. C’est un autre pilier de cette structure alternative, beaucoup plus humanitaire et solidaire.

Laurent croit que les racines de ce mouvement "sont très profondes" et bien que cela ne résolve pas tous les problèmes du système, elles sont le signe qu’un nouveau monde est possible. Le développement et la mise en œuvre de ces foyers de résistance, pleins d’aspects créatifs, incitent à l’optimisme. C’est pourquoi ce genre d’activités trouve toujours une place dans ses pages.

Il est difficile de déterminer dans quelle mesure cette coexistence forcée entre producteurs indépendants - avec des philosophies de vie étrangères à celles imposées par le marché libre - et les mécanismes d’échange du système capitaliste peuvent résister et si le même système ne finira pas par dévorer ces économies alternatives, les transformer et les adapter à leurs façons inhumaines et dépersonnalisées de produire et de vendre.

Laurent estime que l’ampleur du projet est importante et forme une des limites. Quand un producteur ou un groupe devient trop grand et entre dans le tourbillon de la concurrence pour un marché, il n’y aura de place que pour les affaires et tout le processus devient vide de sens. L’exemple de "Biocoop" entrerait dans une zone complexe, où la survie sur un marché de plus en plus exigeant, avec des concurrents géants tels que "Carrefour" ou "Leclerc", pourrait vicier la structure et la dénaturer. Bien que chez Biocoop Paul le nie et a confiance en ses principes.

Laurent croit à la possibilité de petites communautés qui parient pour une autonomie croissante et s’éloignent autant que possible des formes d’échanges capitalistes, dans lesquelles nous achetons des produits, non seulement pollués par des produits chimiques nocifs pour la santé, mais aussi des produits fabriqués par l’exploitation du travail et sans aucun respect pour l’environnement.

La rupture, illustration d’Emiliano PAVON

Le journaliste local cite l’exemple de la communauté créée à Notre-Dame-des-Landes, près de la ville de Nantes, comme une "utopie à pratiquer", signe qu’un nouveau monde est possible, où les gens reviennent au sein de leur écosystème social humanitaire, bien au-delà de la production de nourriture.

Cette communauté a vu le jour après que l’état ait promu la construction d’un grand aéroport dans la région de Nantes, qui devait affecter l’environnement et la vie des gens. C’est alors qu’une ZAD a émergé (« Zone à défendre »). Après plus d’une décennie d’occupation des terres et la résistance face aux forces répressives par divers groupes autonomistes et les écologistes de différentes obédiences politiques, le projet d’aéroport a été enfin annulé (bien que la lutte se poursuive alors que le gouvernement national tente de faire sortir les occupants, qui forment depuis des années une communauté alternative où vivent près de 200 personnes en permanence).

Mais pour construire ce type de collectivités autonomes, il y a aussi la grande limite d’accès à la terre. Une limite qui révèle que dans le système (où de plus en plus de terres sont entre les mains de moins en moins de gens, ceci étant couvert par un « cadre légal »), de véritables transformations ne peuvent pas être développées.

La plupart des petits producteurs « Bio sont des jeunes qui, après des années d’épargne pourraient acquérir des terres d’environ deux hectares » (micro-fermes), ou bien de petits groupes de personnes se réunissent pour acheter une propriété collective (comme le cas d’un groupe communautaire écologique près du "Vigan", village du département du Lot, où vivent actuellement 13 adultes et 7 enfants).

Mais même dans cette région, où la terre n’est pas très productive pour la macroéconomie française, les terres appartiennent souvent aux grands propriétaires fonciers qui maintiennent les sols au repos ou continuent de produire selon des méthodes contaminantes et malsaines (dans le meilleur des cas, comme par exemple un propriétaire foncier du Lot qui possède plus de 800 hectares de terres réservées à la chasse).

C’est une limite complexe à éliminer de la structure capitaliste. D’autant qu’il y a des moyens légaux sur lesquels s’appuyer pour obtenir la terre. La concentration de la propriété foncière est un élément fondamental auquel le système s’accroche pour restreindre tous types d’initiatives.

L’ingérence de l’Etat et du marché dans ces économies alternatives

Le même Etat et le même marché sont responsables des bâtons dans les roues pour empêcher ces « mauvais exemples » de prospérer. Tout en subventionnant la production des géants de l’industrie qui détruisent le sol et remplissent nos corps de produits chimiques, l’Etat bourgeois tente de limiter les progrès de ce phénomène qui semble déjà inéluctable dans le sud de la France.

Un autre stand bio sur le marché de Catus

Avec la prise de conscience croissante des consommateurs sur les aliments sains et la prolifération des producteurs « Bio » - grâce aux initiatives de tous ces acteurs -, les grands acteurs de l’industrie n’ont pas tardé à percevoir ce marché comme un produit rentable.

C’est pourquoi dans les grandes chaînes de supermarchés on trouve les aliments « Bio », mais un « Bio » différent et industrialisé, fabriqué sur mesure à partir du marché, un « Bio low cost » qui suit la logique de l’industrie alimentaire et sa vocation de plus en plus de profits. Production à grande échelle pour réduire les coûts et ainsi éliminer la concurrence des petits producteurs.

L’Etat est alors obligé d’intervenir pour régler ce marché « bio », en imposant des restrictions, des procédures et des charges fiscales aux producteurs, cela n’équilibre pas le marché, mais affecte surtout les plus petits, comme toujours.

Légumes bio en vente directe sur la ferme.

La certification "Bio" de l’Union Européenne, sorte de licence qui permet de vendre sur les foires et les marchés officiels, coûte 450 euros par an à un producteur possédant un hectare, selon Agnès. Chiffre insignifiant pour les grands joueurs, mais très élevé pour ceux qui vivent de leurs produits. Les principales exigences sont de ne pas utiliser d’engrais ou de semences génétiquement modifiées dans les cultures.

Les grandes chaînes de supermarchés essaient d’arrêter l’avance de leurs concurrents tels "Biocoop" à travers leur arme la plus meurtrière : l’argent. "Biocoop" est attaquée par l’élimination de ses fournisseurs, en achetant tous leurs stocks ou même les entreprises ; les petits producteurs locaux sont éliminés car le bio industriel peut être produit à très bas prix, en jouant avec les portefeuilles des consommateurs qui dans beaucoup de cas n’ont d’autre choix que d’acheter ce que les salaires permettent.

Pour 2018, l’hypermarché "Leclerc" prépare une offensive majeure sur le sujet ; ils ont l’intention d’ouvrir 200 magasins « Bio » avec le nom « Le village bio » (également « Organic Village »), parce qu’ils veulent retirer du terrain les petits joueurs, qui ont développé ce marché « bio » jusqu’ici échappé aux supermarchés traditionnels. Carrefour, quant à lui, s’est fixé pour objectif en 2018 de renforcer sa marque « Carrefour Bio », signe que la demande continue de croître, un signe positif du degré de conscience des consommateurs. Pour les optimistes, cela peut être le fer de lance pour aller à l’encontre du système dans son ensemble ; pour les pessimistes, le marché - dans ce cas avec son déguisement écologique - finira par coopter et par conséquent éliminer toutes ces avancées vers une nouvelle forme d’organisation économico-sociale.

La grande différence de ces produits industriels « Bio », avec ceux des petits producteurs, réside principalement dans le fait que ces derniers ne produisent pas seulement pour s’enrichir et maximiser les profits d’une multinationale. Ils font eux-mêmes partie d’un collectif impliqué dans la création d’un « bien commun », autre concept largement utilisé dans ce subterfuge culturel. En mettant leur corps et leur travail - en revenant à la légende du colibri -, ils contribuent à améliorer le régime alimentaire de chacun. Dans l’acheteur ils ne voient pas un autre consommateur, mais des humains qui font partie de leur écosystème social. Ensemble, producteurs et consommateurs locaux pensent (et mettent en pratique) une société différente, alternative, plus humaine, plus consciente. Et petit à petit, ils montrent que c’est possible.

Juan Ignacio Incardona

Traduit d’Espagnol par Tineke Aarts, correction Jocelyne Bécé

P.-S.

L’article en Espagnol, publié le 12 mars 2018 http://www.revistalate.net/cultura-…

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