Un exemple de co-évolution
Faune et flore sauvages : le geai et le chêne.
Le geai, un semeur de glands efficace.
mercredi 18 juin 2008, par Jean Pierre Jacob
Ce document a été distribué le 18 Juin 2008 aux participants présents à la séance de la Commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage qui examinait la liste des animaux à déclarer nuisibles dans le Lot. Malgré ce plaidoyer en faveur du Geai, le vilain animal abime trop les fruits pour trouver grâce devant des chasseurs qui ne le chassent plus en hiver et renvoient aux piégeurs le soin de le "réguler". Il a donc été déclaré nuisible jusqu’au 30 Juin 2009. Agriculteurs et forestiers (publics et privés) ont approuvé.
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Et encore une magnifique photo de Daniel Pareuil .

Geai 4

Notre bel oiseau "sentinelle " donne l’alarme dès la moindre présence paraissant dangereuse.

Une connaissance plus fine de la vie des geais en Europe

Un point de départ se trouve dans la thése d’Ido Bossema (1979) "Jay and oaks : an oecoethological study of a symbiosis" ( = Le geai et les chênes : une étude éco-éthologique d’une symbiose) parue dans Behaviour 1-117 (revue scientifique fondée par Tinbergen et Thorpe).

Les travaux de Bossema ont été à l’origine ou ont été cités dans d’autres travaux scientifiques :

+ ceux des chercheurs de l’INRA de Bordeaux Cestas sur la génétique des chênes des milieux tempérés, (le geai, "sélectionneur de glands "et "premier reboiseur européen" car acteur de la recolonisation de l’Europe par les chênes après la dernière glaciation ; grâce à lui les chênes ont traversé toute l’Europe en 3000 ans ( 3000 kms à la vitesse d’1 km/an).

Un article d’Alexis Ducousso et de R.Petit paru dans Forêt-entreprises n°98 en 1995 et une conférence du même chercheur A. Ducousso, en 2002 font le point.

+ ceux de chercheurs espagnols sur la sélection par le geai des glands des chênes méditerranéens en 2007

Le geai consomme des glands

Il en mange toute l’année, avec un maximum en automne.

Il choisit les glands qu’il va manger sur place (ou transporter).

Il sélectionne les glands allongés, effilés, de plus de 2, 5g, jusqu’à 4g, matures (couleur marron) et intacts, non parasités (il les teste avec son bec).

Le geai transporte des glands

Il peut les transporter : 4 à 7 dans l’oesophage + 1 dans le bec (souvent le plus gros).

Un individu peut transporter ainsi de 5 à 10.000 glands par an sur une distance de 4 à 5 kms de façon courante et jusqu’à 11kms et parfois plus, en cas de faible glandée.

Le geai stocke des glands qu’il consommera plus tard.

Le stockage après transport permet une dispersion loin des chênes d’origine.

Cette dissémination est importante lorsque la glandée est faible : le geai peut quitter son territoire et ramener des glands sélectionnés à plus de 10kms de distance. Il va les stocker en terrain ouvert dans des caches qu’il repérera ensuite le moment venu, même en hiver. Les glands non consommés non repérables par d’autres consommateurs sont ainsi susceptibles de germer au printemps dans ces terrains ouverts, permettant ainsi la progression de la chênaie.

Au printemps, le geai consomme les cotylédons des glands germés

Pour cela, il tire légérement sur le jeune chêne, ce qui casse légèrement les racines et renforce la jeune plante avec un réseau de racines plus ramifiées. Les cotylédons contiennent alors moins de tanins, ce qui les rend plus digestes.

Ainsi, c’est le geai qui permet aux chênes de disperser leurs glands très loin, permettant ainsi le maintien et la progression de la chênaie.

Un geai plante ainsi 2500 à 5000 chênes par an

Un forestier plante 2500 chênes à l’hectare.

Un couple de geai vit sur un territoire de 5 hectares.

Au printemps, le geai consomme des chenilles défoliatrices du chêne

C’est un autre avantage pour le chêne : le geai est un prédateur des chenilles, en particulier les chenilles défoliatrices du chêne qu’il consomme en quantité au moment de l’élevage des petits. Il contribue ainsi à la bonne santé des chênes.

Le geai est donc reconnu comme un acteur majeur dans l’écosystéme forestier des chênaies ; le geai et le chêne ont évolué ensemble ; c’est une co-évolution ; ils en tirent chacun des avantages ; c’est une symbiose.
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