Vous êtes ici: Accueil * Oiseaux du Lot > Réflexions.
Réflexions.
samedi 19 juin 2010, par Daniel Pareuil
Vers le forum attaché Version imprimable de cet article Version imprimable Crear un PDF Enregistrer en PDF  Envoyer par email

Dimanche 13 juin 2010 au matin, profitant d’une petite éclaircie, je me suis rendu au lac de Cavagnac (Gramat) (46), pour y observer les oiseaux venant boire ou se baigner.

J’avais repéré ce site les jours précédents. Une belle mare, probablement sur dalle calcaire, alimentée par le ruissellement, située à une extrémité d’un hameau et entourée d’une pelouse sèche, elle-même bordée par de belles haies. Dans le passé elle devait être utilisée pour abreuver les troupeaux ovins.

Les premières observations étaient encourageantes : des petits passereaux, certes commun, venaient boire et se baigner, cachés en partie par la végétation herbacée.

Très près, plusieurs chanteurs de Caille des blés Coturnix coturnix se faisaient entendre.

Cela m’a incité à y retourner.

Et ce dimanche matin, c’est la désolation.

La pelouse sèche avec ses orchidées, ses belles fleurs de nos causses a été fauchée. Un adulte d’Alouette lulu Lulula arborea est là, au sol, un peu hébété me semble-t-il. Peut-être la nichée a été détruite.

Lac de Cavagnac, après fauchage (Gramat) (46), le 16/06/2010, Daniel Pareuil.

Je me poste néanmoins pour observer à partir de mon véhicule.

Ce que j’observe, c’est le cortège des oiseaux qui profitent de la manne qui leur est offerte. Il y a la Pie bavarde Pica pica adultes et juvéniles, le Geai des chênes Garrulus glandarius qui passent et repassent sans arrêt, le Milan noir Milvus migrans qui survole la zone à plusieurs reprises, trois juvéniles de Rougequeue noir Phoenicurus ochruros qui trouvent la nourriture en abondance.

Nous pouvons remarquer que certaines de ces espèces favorisées par les pratiques humaines actuelles sont décriées pour leur nombre et détruites !

Il a plu beaucoup et le lac déborde. Des petites baignoires se sont formées entre les touffes de joncs et certains trouvent le bonheur, comme le Pic vert Picus viridis, le Tarier pâtre Saxicola torquata, le Bruant zizi Emberiza cirlus, la Mésange charbonnière Parus major, la Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla…L’Hypolaïs polyglotte Hippolais polyglotta fera un vol stationnaire au-dessus de l’eau pour se mouiller progressivement.

Mais pourquoi donc cette fauche ?

- Le foin ne semble pas ramassé.

  Est-ce pour un problème de sécurité quelconque, une obligation administrative ?

  Le terrain de la pelouse sèche est-il utilisé pour une manifestation festive ?

  N’est-ce pas tout simplement « pour faire propre ».

Les fleurs seraient-elles sales, ne savez-vous pas que beaucoup d’oiseaux nichent au sol, en cette période… !

« Faire propre » peut émaner d’un geste positif, sauf si cela ignore ou méprise la vie ou tend à l’épuration.

En voyant cela, j’ai pensé : Guernica, Belchite*…

Il y a sans doute de nombreux touristes qui visitent le département du Lot pour ses paysages, sa faune ou sa flore.

Quand je suis reparti, j’ai entendu les cailles des blés qui s’étaient réfugiées dans les haies…

Autre article à consulter : « Naissances aux lacs de Tsonoye, Couzou, Fargues, Mège ».

* Belchite : ville d’Aragon (Espagne). Ses alentours présentent (ou présentaient) de belles steppes connues par les ornithologues (Alouettes pispolette Calandrella rufescens, calandre Melanocorypha calandra, Gangas catas Pterocles alchata et unibande Pterocles orientalis… Et le Sirli de Dupont Chersophilus duponti). Mais on peut y voir également les ruines d’un village anéanti lors de la guerre de 1936. Une sorte de manière de faire propre.

3 Messages de forum
  • > > Réflexions. / 19 juin 2010 17:23 / par Jean Pierre Jacob

    Daniel, je comprends et partage ta déception, car ce style d’aventure m’est déjà souvent arrivé : des plantes non encore fleuries ; on revient quelques jours après et" la fauche a modifié le paysage". Ou encore le passage de l’épareuse sur des talus où elle n’a rien d’autre à faire que détruire sans sécuriser plus.

    Le probléme, c’est que le responsable du fauchage et toi même n’avez pas la même vision du paysage : ce qui te parait avoir "une biodiversité complexe" à préserver est pour lui un endroit à faucher parce que cet endroit il l’a vu fauché depuis des années toujours à la même période et que le fauchage n’a pas pour lui cette force destructrice qu’il a pour toi.

    Je pense aussi que certaines pratiques de gestion de lieux biologiquement remarquables comportent dans le cahier des charges à respecter une fauche obligatoire et nécessaire pour conserver telle ou telle plante rare ( en sacrifiant d’autres êtres vivants au passage).

    Bref qu’on le veuille ou non une action humaine de ce style "déforme" la nature .. Le tout est de connaitre les avantages et les inconvénients de ce type d’action et de décider ensuite. La prairie ne t’appartenant pas, ta seule possibilité est de convaincre le propriétaire et de modifier doucement sa représentation (peut être, rêvons un peu, a t’il accés à Internet et va t’il découvrir ton article). Il ne faut pas trop réver : les représentations sociales , les opinions, sont très difficiles à faire évoluer, et c’est toujours lent : si tu savais, au sein de la Commission de la Chasse et de la Faune Sauvage…il a fallu un peu bousculer pour que çà bouge un peu, la Fédération départementale de la chasse Au fait, j’ai besoin très rapidement du maximum de renseignements sur les étourneaux lotois pour les faire enlever de la liste des nuisibles Si des spécialistes me lisent……

    Répondre à ce message

    • > > > > Réflexions. / 20 juin 2010 23:10 / par Daniel Pareuil

      Souvent ces lacs sont communaux et je pense que si une information était proposée à la commune, par les collectivités qui cherchent à mettre le patrimoine lotois en valeur, il est possible que la nature se porte mieux.

      Micro-action certes, mais qui pourrait-être bénéfique et peu couteuse.

      Répondre à ce message

      • > > > reflexions : programme de sensibilisation / 26 juin 2010 17:28 / par Tineke Aarts
        Je suis d’accord que ce fauchage doit être le résultat d’une habitude et qu’il n’était donc pas nécessaire. Après des années de rationalisation nous arrivons dans une autre époque : maintenant il est temps de sauver dans la nature ce qui peut être sauvé. Le gens ne se réalisent pas encore quel impact la disparaisson des espèces (par exemple l’abeille) va avoir à la vie quotidienne. Cela leur semble un problème bien loin et ils se réalisent encore moins qu’il peuvent avoir un bon influence s’ils jardinent autrement, en respectant les besoins d’insectes, des oiseaux, des petits mamifères. La communication est importante : pourquoi avons-nous besoin des oiseaux, des insectes (pollinisation des plantes, maintien des équilibres des populations, rôle decomposteur, etc) ? Et de quoi ils ont besoin ? Il faut communiquer l’interdépendance entre la faune et la flore, expliquer l’importance des biotopes, des abris, etc. Dans le Jardin Bourian nous avons élaboré avec la SCIC de Gourdon un programme qui explique aux enfants (pendant une visite) qu’est ce que veut dire un jardin naturel. Ce programme pourrait fonctionné (en forme adapté) pour des groupes plus larges. Nous pensons en particulier aux propriétaires des jardins en lotissements (où ils savent bien tondre le gazon !) et aux services publics pour le bords des routes. Je pense qu’un tel programme de sensibisation est réalisable ; je serai ravie si Lot Nature pourrait participer mais pour cela il faudrait s’organiser et definir un projet, éventuellement en cooperation.

        Répondre à ce message

Rubriques
+ artícles de...